Privilèges masculins: déballage du sac à dos invisible – introduction

Posted: septembre 7th, 2009 | Author: | Filed under: Genre, patriarcat | No Comments »

Il y a quelques années, une amie m’avait fait lire un texte écrit par une universitaire américaine, et ce texte m’avait beaucoup marqué. Il est écrit par une féministe blanche, qui s’appelle Peggy McIntosh et il est intitulé White Privilege: Unpacking the Invisible Knapsack, ce qui en français donne (dans ma propre traduction): Privilèges blancs: déballage du sac à dos invisible. C’est un texte assez court pour un truc universitaire: 7 pages assez aérées, mais il contient un ensemble de principes qui m’ont beaucoup fait réfléchir.

Il commence par une phrase isolée, mise en avant: "On m’a appris à voir le racisme uniquement dans des actes individuels de méchanceté, pas dans des systèmes invisibles offrant la prédominance à mon groupe" (quand je cite le texte dans les paragraphes à venir, je traduis moi-même, ce qui donne parfois des formulations pas très jolies ou pas très adroites, je suis désolé). Les paragraphes suivant développent cette idée: l’auteure y raconte comment "elle a constaté que les hommes étaient réticents à admettre qu’ils étaient privilégiés, même dans les cas où ils admettaient que les femmes étaient désavantagées". Elle constate qu’un véritable "tabou" entoure le sujet des "avantages que les hommes obtiennent du fait des désavantages féminins", et que ce tabou bloque la reconnaissance et donc l’élimination de ces privilèges. A partir de là, et étant donné que "les hiérarchies dans nos sociétés sont emboîtées", l’auteure a commencé à s’interroger sur les privilèges analogues qu’elle obtient, elle, du fait d’être blanche aux Etats-Unis.

En s’interrogeant sur ces privilèges, elle dit avoir commencé à voir les privilèges blancs comme "un paquet invisible d’atouts immerités qu'[elle] peut utiliser chaque jour, mais dont [elle] était ‘censée’ restée inconsciente". La métaphore qui donne son titre au texte apparaît dans la phrase suivante: "Les privilèges blancs sont comme un sac à dos invisible et ne pesant rien, rempli de provisions spéciales, de cartes, de passeports, de mots de codes, de visas, d’habits, d’outils, et de chèques en blancs". Partant de ce principe, elle entend travailler à rendre visible ces privilèges, pour porter la "responsabilité" associée à ces privilèges, et comprendre et transformer comment elle peut être, comme les hommes envers les femmes, oppressive envers les noir-e-s, consciemment ou non. Dans la suite du texte, en point de départ, elle fait une liste sur plusieurs pages des "effets quotidiens des privilèges blancs", c’est-à-dire des atouts qu’elle bénéficie dans son quotidien par rapport à ses "connaissances, ami-e-s ou collègues" noir-e-s.

En lisant ce texte à l’époque, j’avais trouvé l’idée de cette liste assez géniale et assez marquante. J’étais vraiment d’accord avec son idée de dire que la question des privilèges et avantages des dominant-e-s était passée sous silence en général dans les réflexions sur les systèmes de domination, et que le fait de faire ça réduit un système de domination collectif à un ensemble de gestes ‘méchants’ et individuels. Etant un garçon, j’avais réfléchi à et même commencé à écrire la liste que je pourrais faire de mes privilèges en tant que tel. Je ne l’avais jamais fini, et elle avait fini perdue dans un carnet quelconque, comme de nombreux textes abandonnés. Récemment, dans une discussion avec une amie et camarade, je me suis retrouvé à lui reparler de ce texte de Peggy McIntosh, et elle m’a dit que ça l’intéresserait que je fasse une liste de mes privilèges masculins. Ca m’a relancé dans cette envie et vu que j’avais déjà lancé ce blog à l’époque, j’avais un outil qui me permettait de le faire. 

Donc voilà, je me lance là-dedans, un "déballage de mon sac à dos invisible", des choses dont j’ai l’impression de bénéficier au quotidien, qui me rendent la vie plus facile par rapport aux filles, sans que j’ai à trimer pour obtenir rien de tout ça.

La liste est dans une page à part, pour pas faire trop long.



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