Communiqué de Camarades du Caire: Le droit de manifester de tou-te-s

Posted: juin 20th, 2014 | Author: | Filed under: Traduction(s) | No Comments »

[Ce communiqué a été publié récemment par Camarades du Caire. J’ai traduit un de leurs précédents communiqués]

Le droit de manifester de tou-te-s

A celles et ceux qui luttent à nos côtés,

Nous vous écrivons de nouveau à l’aube sanglante d’une nouvelle présidence, la quatrième en quatre ans. Le général Abdel Fattah al-Sisi, qui a organisé le renversement brutal de Mohammed Morsi et des Frères Musumans, siège maintenant sur le Trône de Fer de l’Égypte. L’État policier renaissant est plus féroce que jamais. Les médias, contrôlés par un poignée de millionnaires, incitent par la terreur la population à abandonner ses droits les plus élémentaires pour satisfaire les déesses Sécurité et Stabilité.  Les jeunes révolutionnaires qui ont osé remettre en cause le statu quo et qui ont aperçu, durant un bref moment de 2011, la possibilité d’un changement sont maintenant pourchassé-e-s et emprisonné-e-s un-e par un-e.

Après avoir manipulé les manifestations populaires du 30 juin 2013 contre les Frères Musulmans pour revenir au pouvoir, l’élite militaire utilise maintenant l’ensemble des moyens à sa disposition pour mater toute forme de protestation et pulvériser les espaces politiques chèrement acquis ces trois dernières années. La violence et l’intimidation ont toujours été les outils principaux des forces de police, mais l’Égypte de Sisi a donné aux juges un rôle nouveau et central dans l’abolition des libertés. Leur outil est la Loi sur les Manifestations qui, en sept mois d’existence, a été utilisée pour arrêter, emprisonner et condamner des milliers de participant-e-s à des manifestations pacifiques, mais aussi pour cibler des militant-e-s connu-e-s et influent-e-s.

L’exemple le plus connu à l’heure actuelle est celui d’Alaa Abd al-Fattah. Le 26 novembre 2013, 2000 manifestant-e-s rassemblé-e-s devant la Chambre Haute du Parlement ont été attaqué-e-s par la police avec des canons à eau, des matraques, des brutes en civil et du gaz lacrymogène. Cinquante personnes ont été arrête-e-s; une fois libéré-e-s les femmes, les journalistes et les avocat-e-s (après que tou-te-s aient été tabassé-e-s), vingt-quatre hommes ont été laissés en prison. La nuit suivant, la police a brutalement arrêté Alaa chez lui. Aujourd’hui, Alaa et les vingt-quatre autres détenus ont été condamnés à quinze ans de prison. A Alexandrie, Mahienour al-Massri, un des défenseurs des droits humains le plus déterminé de la cité côtière, est en prison pour avoir manifesté devant le tribunal où les deux policiers qui ont assassiné Khaled Said [martyr de la révolution égyptienne] passaient en procès. A nouveau au Caire, les fondateurs du Mouvement du 6 Avril, un des groupes politiques de jeunesse les plus organisés du pays, purgent une peine de trois ans dans une prison de haute sécurité. Beaucoup d’autres sont dans la même situation. Depuis le 3 juillet 2013, plus de 36 000 personnes ont été arrêté-e-s pour des activités politiques. Plus de 80 de ces personnes sont mortes en prison.

Maintenant, nous faisons donc face aux balles de la police, aux procureurs corrompus et aux cages des tribunaux. Il faut malgré tout continuer à avancer. Nous ne capitulerons pas devant un dictateur et son Etat sécuritaire. Nous ne laisserons pas nos camarades perdre leur jeunesse dans les cellules de Moubarak. On ne nous fera pas taire.

C’est pourquoi nous allons marcher sur le palais présidentiel samedi [21 juin]. Ailleurs dans le monde, nos ami-e-s et  camarades manifesteront leur solidarité. Des manifestations ont été annoncé-e-s à Athènes, Berlin, Derry, Londres, Paris, New York et Stockholm, et dans bien d’autres endroits encore. Même si nous savons bien qu’il faudra longtemps avant que nous retrouvions notre force étourdissante de 2011, les moments de lutte et d’unité internationale sont plus importants que jamais. Le droit de manifester n’est pas seulement attaqué en Égypte, il est aussi réprimé et criminalisé partout dans le monde: du parc Gezi à Nabi Saleh et des universités américaines à Marikana [ville minière d’Afrique du Sud ayant connu un fort mouvement de grève en 2012], les peuples se battent pour le défendre.

On ne peut pas se battre sur tous les fronts et contre toutes les injustices au même moment. Les tragédies sont souvent nécessaires pour attirer l’attention. L’Égypte vit un moment crucial. La Loi sur les Manifestations doit tomber. Les prisonnier-e-s doivent être libéré-e-s. Le gouvernement doit savoir qu’il ne peut pas agir en toute impunité. Multiplier les actions modestes les amplifie. Quand le monde entier s’est mis à regarder en direction de la place Tahrir en février 2011, la pression est monté sur Moubarak. Quand la révolution s’est opposé au gouvernement des forces armées fin 2011, la perte de légitimité des Généraux a été accélérée par la méfiance internationale envers eux. Les effets de la solidarité sont toujours difficiles à évaluer, mais nous savons que renoncer au droit de manifester, c’est renoncer au droit de contrôler sa destinée.

Site sur la mobilisation [en anglais]: http://egyptprotests2014.tumblr.com

Contact: comradesfromcairo@gmail.com



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