Notes sur Tiqqun

Posted: juillet 18th, 2009 | Author: | Filed under: Tiqqun | No Comments »

Je fais partie de ces gens qui ont été influencé-e-s par ces deux objets bien particuliers que sont les deux numéro de Tiqqun, une revue théorico-politique. Lentement, graduellement, j’ai été marqué et influencé par les mots, les concepts, quelque chose de la vision du monde tiqqunienne. Pour moi et d’autres personnes, les Tiqqun ont cristallisé des problèmes politiques, dessiné des grilles de lecture du monde, fourni des axes de réflexion et des références, aussi. D’une manière ou d’une autre, sur les chemins de nos pratiques et de nos théories, on passait toujours pas loin de ces livres.

Tiqqun a aussi eu des enfants, des Appel(s), des Insurrection(s), … Pas forcément écrits par les mêmes personnes, ni aux mêmes moments, ces textes s’inscrivent en tout cas dans un même cadre théorique, un même ensemble de positions. C’est ce cadre que j’essaie de regarder dans ce texte, à travers une lecture. Je ne le fais pas pour des raisons théoriques, mais plutôt pour des raisons pratiques, pour cerner et approfondir des divergences et des conflits que je rencontre dans des expériences collectives. En lisant les texte, je veux éclairer des lignes de rupture mouvantes et changeantes que se jouent entre des positions et/ou des collectifs.

L’influence des Tiqqun, c’est d’abord celle d’une perspective: en finir avec la gauche. A un moment où nos chemins semblaient toujours englués dans les contradictions et les échecs de la gauche, réformiste, radicale ou révolutionnaire, les Tiqqun donnaient une nouvelle perspective. Sortir de la gauche, c’était sortir de tout let vocabulaire dont on héritait de nos traditions de luttes: liberté, égalité, émancipation, justice sociale, révolution, peuple, …

Evidemment, sortir de ce vocabulaire impliquait aussi de sortir de tous les concepts, des grilles de lecture du monde héritées par l’intermédiaire de ce vocabulaire. A une époque où beaucoup de gens étaient coincé-e-s entre un vieux trotskysme qui n’en finissait pas de mourir, des vieilles organisations anarchistes pas très folichonnes et dynamiques et l’activisme altermondialiste ou autonome, il semblait intéressant de partir de quelque chose de nouveau, de se payer de nouveaux horizons. Je pense que Tiqqun est tombé à pic à ce moment-ci, et en a bien cristallisé les contradictions. Je crois aussi les Tiqqun ont à la fois créé et participé à construire de nouvelles perspectives à un instant où elles étaient particulièrement nécessaires. Les mots de Ceci n’est pas un programme (Tiqqun n°2), sont particulièrement clairs: il s’agit de "redéfinir la conflictualité historique", au-delà de la lutte des classes, qui n’est plus "opérante".

Les Tiqqun, c’est beaucoup d’écrits plutôt denses, et je vais donc y aller petit à petit pour construire cette lecture. Je vais essayer de fonctionner par grands axes, en écrivant un/des textes sur chaque axe afin d’arriver petit à petit à constituer une lecture cohérente de tous ces écrits; peut-être que c’est un peu scolaire, mais j’ai l’impression que ça évite de s’y perdre (en tout cas, ça m’évite à moi de m’y perdre). Pendant quelques années, les textes dont je vais parler étaient devenus assez difficile à trouver, mais ils ont maintenant été numérisé et mis en ligne sur un site, donc qui veut peut lire ces notes en suivant directement dans les textes.

Une autre chose, c’est que (sauf erreur/oubli/…) je féminise ces notes (et plus largement, les articles de ce blog) alors que les textes originaux parus dans Tiqqun ne sont pas féminisés. J’ai choisi de ne pas modifier les citations de Tiqqun, ce qui fait parfois des mélanges intrigants où un mot apparaît non-féminisé dans une citation juste à côté d’un usage féminisé dans ce que j’écris; c’est pas formidable, mais j’ai trouvé que c’était le meilleur choix. Au passage, une amie avec qui je parlais de ce genre d’histoires m’a fait remarquer que le terme ‘féminiser’, qui est celui qu’on utilise d’habitude, n’est pas génial: ‘féminiser’, ça correspondrait plutôt à prendre l’opposé des règles de grammaires actuelles, et donc à mettre au féminin les situations ambigües, ce qui n’est pas ce qu’on fait d’habitude quand on dit qu’on féminise. Si vous voyez d’autres termes et que ça vous tente de les partager, allez-y.

J’ai dit plus haut que Tiqqun théorisait une rupture entre deux époques. Jusqu’ici, j’ai parlé d’époques de luttes, mais il y a aussi dans ces textes la description de ruptures entre deux phases du capitalisme, les deux ruptures (entre époques de luttes et entre phases du capitalisme) étant assez logiquement liées. L’axe autour duquel je commençerais cette lecture des Tiqqun sera celui de cette nouvelle phase, la décadence du capitalisme.



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