Use your widget sidebars in the admin Design tab to change this little blurb here. Add the text widget to the Blurb Sidebar!

jalousie(s)

Posted: novembre 5th, 2009 | Author: | Filed under: Murmures | 1 Comment »

en ce moment, ça m’arrive régulièrement de me sentir jaloux. j’ai toujours détesté ce sentiment. je le trouve merdique, dangereux, assez idiot. j’ai passé un bout considérable de ma vie à essayer de ne pas le faire exister. intimement et politiquement, il me pose problème parce que j’ai toujours l’impression qu’il est très lié à des logiques de contrôle, de flicage des gens. j’ai aussi souvent eu l’impression que c’était un sentiment particulièrement fort chez les garçons, et assez lié à la masculinité.

vu que je suis jaloux assez régulièrement en ce moment, j’ai passé un certain temps à y réfléchir. je me suis dit que j’avais deux jalousies différentes, une que je ressentais avec mes ami-e-s, et une que je ressentais avec les personnes (vu que je suis hétéro, ça veut dire les filles) avec lesquelles j’avais des histoires amoureuses. différentes en terme d’intensité, mais aussi dans la façon dont ça produisait des choses en moi. 

ma jalousie avec mes ami-e-s, je la ressens quand illes font des choses chouettes alors que moi je m’emmerde, ou quand illes font des choses que j’aurais beaucoup aimé faire mais que je peux pas faire avec elleux. l’élément qui déclenche cette jalousie, c’est une frustration de ne pas pouvoir faire quelque chose, doublé d’une injustice, du fait que je ne vois pas pourquoi elleux feraient ça, auraient droit à ça, sachant que moi je suis là à me morfondre. c’est pas juste, je les envie, alors je suis jaloux.

en général, c’est une jalousie assez bénigne : je l’exprime, je râle, je leur en parle, et puis je me fais une raison en trouvant des choses autres à faire. souvent après, mes ami-e-s étant souvent des gens attentioné-e-s, illes font un petit truc gentil (des pizzas, des pizzas !) pour me consoler, et ça roule. et puis, en fait, les voir raconter ça après, sentir que c’était chouette, qu’illes se sont fait plaisir et qu’illes sont plus heureux/ses après, ça me donne de la joie aussi.

l’autre jalousie, la jalousie amoureuse, elle fonctionne pas pareil. elle commence aussi avec quelque chose qui lui plaît que fait une personne que j’aime, sauf que cette fois, ce qui m’énerve, ce n’est pas tant le fait que la personne fasse des trucs plaisants et pas moi, c’est que la personne fasse des trucs plaisants sans que ça soit avec moi. y’a pas de frustration ou d’injustice en jeu, juste l’impression que la personne devrait ne faire des trucs plaisants qu’avec moi. ce qu’il y a en jeu derrière, c’est une volonté de contrôle, une paranoïa qui fait que j’ai l’impression que la personne va forcément s’éloigner inéluctablement de moi si elle commence à faire des trucs chouettes avec d’autres gens.

le point commun de ces deux sentiments qui fait que je les appelle tous les deux "jalousie", c’est qu’ils impliquent tous les deux une (ou des) personne(s) que j’aime qui fait quelque chose sans moi. la différence entre ces deux sentiments est que dans le premier cas, je prends comme un état de fait ce qui se passe, que je l’apaise comme je cherche à apaiser tous mes ressentis désagréables : en faisant des choses agréables à la place, et en en parlant, en mettant en partage ce ressenti avec d’autres gens pour lui permettre de passer ; dans le deuxième cas, je n’accepte pas ce qui se passe, je trouve qu’il faut absolument que je fasse quelque chose, sinon ça va signifier que la personne va disparaître de ma vie, et d’ailleurs elle a pas le droit de faire ce qu’elle fait, elle devrait être avec moi là tout de suite. dans le premier cas, j’ai envie de mettre en partage le sentiment avec les personnes concernées, même si je suis un peu gêné ; dans le second cas, je suis en colère et méfiant vis-à-vis de la personne en question : je la soupçonne de vouloir m’arnaquer.

je ne crois pas avoir jamais ressenti la deuxième forme de jalousie hors d’une histoire amoureuse. bien sûr, les deux sentiments ne s’excluent pas complètement, et il y a une partie de jalousie "amicale" dans mes jalousies "amoureuses" puisque je suis aussi très ami avec les personnes dont je suis amoureux. mais, même si la barrière n’est pas si tranchée que ça, je sais clairement que je ressens l’une et l’autre jalousie. je peux voir des différences claires dans mon état intérieur. dans un cas, je suis triste et un peu frustré, dans l’autre je suis apeuré, en colère et j’ai une impression d’urgence assez étouffante.

d’où elle vient cette différence ? pourquoi est-ce que ça fait une telle différence que je sois ami ou amoureux de quelqu’un-e ? je ne crois pas que ça soit une différence dans l’intimité ou la proximité que j’ai avec la personne dans les deux cas : je peux être beaucoup plus proche de certain-e-s de mes ami-e-s que de certaines des personnes avec qui j’ai eu des histoires amoureuses.

la première différence que je vois est liée à la confiance. j’arrive à croire au fait que je puisse être quelqu’un d’intéressant en tant qu’ami. j’ai confiance dans le fait que je donne des moments chouettes à mes ami-e-s, que j’essaie de leur faire du bien, et que j’arrive plutôt à remplir le rôle d’un ami. être un amoureux, c’est un autre problème. je ne crois pas du tout au fait que quelqu’un-e puisse être amoureux/se de moi (je mets les deux genres, parce que malgré le fait que je sois hétéro, il est p’t’être bien possible que des garçons soient amoureux de moi, en tout cas, ça ne me semble pas plus improbable qu’une fille). je ne crois pas pouvoir apporter les choses qu’un amoureux doit apporter, sans même bien savoir ce que ces choses seraient, d’ailleurs. à partir de là, logiquement, quand quelqu’un me dit qu’ille est amoureux/se de moi, j’ai toujours l’impression que c’est quelque chose d’improbable, qui ne peut pas durer, que je ne comprends pas vraiment, et que la moindre chose se produisant dans la vie de cette personne, la moindre pichenette qui viendrait bousculer l’équilibre, va forcément remettre ça en cause. d’où la parano et la peur constante. j’ai à la fois envie de solliciter constamment des preuves de cet amour, et envie d’être parfait, de ne rien laisser au hasard, de tout contrôler parfaitement pour que la personne n’ai jamais besoin de rien, et donc que rien ne change jamais.

c’est là que je me dis que cette jalousie craint vraiment. en vrai, c’est un désir de maîtrise absolu. je ne me pose plus la question de savoir ce que veut la personne que j’ai en face de moi, je veux juste la mettre sous cloche pour être sûr que ce mystérieux ressenti qu’elle a pour moi ne s’envole jamais.

c’est là que se trouve là deuxième différence, je dirais. je crois bien que ce désir de mettre les gens sous cloche, de figer une relation dans un moment parfait de bonheur éternel, est une valeur sociale. toutes les relations ne fonctionnent pas sur ce mode, tout comme moi je n’applique absolument pas ce que me dicte ma jalousie amoureuse (et heureusement …), mais c’est considéré comme une attente légitime. je crois que l’idéal social qu’on a du couple implique une sorte de bulle, où toutes les choses importantes, tout ce qui est central dans les vies de deux personnes est censé être centré autour de cette relation de couple. c’est possible de travailler, d’avoir des ami-e-s, mais les choses importantes, riches et fondamentales doivent se produire dans cet espace. ça ne vaut pas dire que les couples fonctionnent comme ça en pratique, et, comme pour toutes les attentes sociales, tout le monde triche, magouille, et essaie de concilier le mieux ses désirs avec cette attente. mais je crois vraiment qu’on fait comme si, dans nos relations amoureuses, l’idéal était une relation où rien d’important ne se passe en dehors (sauf peut-être des histoires familiales). je crois que c’est cet idéal qui donne à cette jalousie son terrain : puisque tout devrait se passer à l’intérieur de la relation, tout les moments où la personne n’est pas avec nous est potentiellement un moment de trahison, un moment où une rupture du contrat de base de la relation est toujours possible. 

j’ai l’impression que ce schéma est largement répandu. j’ai l’impression qu’il fonctionne un peu toujours dans nos têtes, indépendamment des pratiques réelles qu’on a en termes amoureux, et qu’un bout de nous juge toujours nos histoires affectives par rapport à ce modèle. j’ai aussi l’impression que ce modèle créé un climat où les violences les plus glauques venant (la plupart du temps) des mecs peuvent s’exercer, puisqu’aimer à la folie, se consumer dans la passion est considéré comme quelque chose de beau et romantique, même si on ne le fait pas tou-te-s dans nos vies parce qu’on a peur ou qu’on est trop timoré pour ça.

cela dit, je sais pas si ce que je dis est pertinent pour des filles, par exemple, ou s’il s’appliquerait aussi à des relations homosexuelles. je voulais en parler parce que ça me trotte pas mal dans la tête en ce moment, de savoir comment construire petit à petit des relations amoureuses riches, belles, équilibrées et intenses, sans se laisser piéger par cette jalousie amoureuse qui donne toujours envie d’enfermer la relation (et la personne qui est dans la relation aussi) par peur qu’elle disparaisse. une autre manière de formuler ça, c’est de savoir comment construire des relations qui fonctionnent plus à l’autonomie qu’à la dépendance, sans qu’un coin de ma/nos tête(s) se dise toujours que puisqu’il n’y a pas de dépendance, c’est forcément une relation "moins adulte", "moins profonde", …

pour celleux que ça intéresse (s’il y en a), non, je n’ai toujours pas commencé les notes sur Catharine McKinnon, mais ça marine dans ma tête, et ça nourrit des discussions avec des gens, donc je vais finir par le coucher dans des textes, il me faut juste un peu plus de temps que prévu. 


One Comment on “jalousie(s)”

  1. 1 Agrip said at 23 h 52 min on janvier 21st, 2010:

    Ce que tu dis , ça me rappelle une conversation avec un ami, sur la mort des relations. A quel point on n’était pas (ou plus ?) préparés à la mort, pas plus à celle d’un.e proche, qu’à celle de n’importe quoi. Soit on détruit le plus vite possible pour souffrir moins, soit on essaye de ne rien développer.
    Dans les relations de jalousies, surtout au sein d’un couple ou d’une histoire classique d’exclusivité, c’est comme si le moindre appel d’air créé par une brèche dans le script pouvait tout emporter, sans qu’on puisse rien retenir, parce que ça échapperai à notre contrôle.
    Parmi toutes les réactions possibles, je vois bien les gens entériner les choses (faire un.e gamin.e, ce pacser, ne plus jamais en parler, pleurer devant des séries débiles…) ou alors la mesquinerie. Les allusions, les revanches, les coups-bas…
    Dans ma dernière relation avec un homme, le seul moyen que j’ai trouvé de nous remettre à égalité, de colmater cette brèche, après m’être sentie trahie, trompée, ç’a été de casser quelque chose de très précieux pour lui. Ca ré-équilibrait la balance, parce qu’il faut être égaux, semblent-il, dans un couple, tout vivre à deux, joie, souffrance, et manifestement, ressentiment.

    Mais cette distinction que tu fais, entre ami.es et amoureuxe, je ne la fais pas. D’une part parce que pour fréquenter des gens, il faut que je sois amoureuxe d’eux, et d’autre part parce que ça me donne le même sentiment au final : de ne pas être assez bien pour elleux. Que je cherche à les contrôler, et que donc c’est moi la/le coupable.